Le Coût Caché des Perturbateurs Endocriniens

By Flora

Les perturbateurs endocriniens (PE) ne sont pas seulement un problème de santé publique et d’environnement ; leur coût économique est considérable, tant pour les systèmes de santé que pour les entreprises et les États. Longtemps relégué au second plan, cet impact financier commence à être pris en compte dans les politiques publiques. Mais à combien se chiffre réellement le poids économique des perturbateurs endocriniens ?

Le Coût Colossal Des Perturbateurs Endocriniens pour la Santé Publique

L’exposition aux perturbateurs endocriniens est associée à une augmentation des maladies chroniques telles que les troubles métaboliques (diabète, obésité), les cancers hormonodépendants, l’infertilité et les maladies auto-immunes. Cette réalité se traduit par un coût élevé pour les systèmes de santé.

• Chiffres alarmants : Selon les travaux de Trasande et al. (2016), les coûts annuels relatifs à la santé et liés à l’exposition aux PE peuvent être estimés à 163 milliards d’euros par an pour le seul espace européen, soit 1,28% du PIB de l’UE (avec une probabilité de 95% que ce montant soit supérieur à 22 milliards d’euros et de 25%, qu’il s’élève à plus de 196 milliards d’euros).

• Études récentes en France (2024) : Le rapport Igas-IGEDD (mai 2024) confirme l’importance de prendre en compte ces coûts. De plus, une autre étude mentionnée dans le rapport indique que les coûts pour la santé liés uniquement aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sont estimés à entre 52 et 84 milliards d’euros par an à l’échelle européenne, avec 46 milliards d’euros supplémentaires par an pour les autres coûts.

Une Menace pour la Productivité et l’Économie

L’impact des perturbateurs endocriniens ne se limite pas aux coûts médicaux. Ils contribuent également à une baisse de la productivité et à des pertes économiques pour les entreprises.

• Conséquences sur le marché du travail : Les maladies chroniques induites par les PE entraînent une hausse des arrêts de travail et de l’absentéisme, pesant sur la compétitivité des entreprises. L’exposition aux PE pendant la grossesse peut affecter le développement cérébral du fœtus, entraînant une baisse du quotient intellectuel chez les enfants exposés. Une étude a estimé que cette perte cognitive coûtait plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’économie européenne, en raison de la diminution des capacités de travail et d’innovation des générations futures.

• Impact sectoriel : Certains secteurs sont particulièrement touchés par la présence de perturbateurs endocriniens :

o L’industrie agroalimentaire est affectée par la nécessité de revoir ses emballages et ses procédés de fabrication pour limiter l’usage des plastiques et des pesticides contenant des PE.

o Les fabricants de cosmétiques et de produits d’hygiène doivent reformuler leurs produits pour répondre aux nouvelles exigences réglementaires et aux attentes des consommateurs.

o Les entreprises pharmaceutiques voient la demande pour certains traitements augmenter (fertilité, endocrinologie), mais doivent aussi faire face à la pression pour développer des alternatives plus sûres.

Réguler pour Économiser : Un Investissement Rentable

Face à ce constat, une réglementation plus stricte apparaît comme une solution économiquement viable à long terme.

• Bénéfices d’une réduction de l’exposition aux PE : Une diminution des maladies chroniques liées aux PE entraînerait une réduction des dépenses de santé publique. Bien qu’il n’y ait pas de chiffre précis sur les économies potentielles, une réduction significative de l’exposition pourrait entraîner des économies substantielles pour les systèmes de santé en Europe.

• Stimulation de l’innovation : Le passage à des matériaux et produits alternatifs pourrait stimuler l’innovation et créer de nouveaux marchés pour les industries respectueuses de l’environnement.

• Meilleure information des consommateurs : Une meilleure information des consommateurs favoriserait une transition vers une économie plus durable, limitant les coûts liés à la dépollution et à la gestion des déchets plastiques.

Des Exemples Concrets de Réussite

Certaines initiatives montrent déjà les bénéfices économiques d’une réglementation plus stricte :

• Interdiction du bisphénol A (BPA) en Europe : L’interdiction du BPA dans les biberons a incité les entreprises à développer des alternatives plus sûres, sans impact négatif majeur sur leur chiffre d’affaires.

• Restrictions sévères au Danemark : Le Danemark a adopté des restrictions sévères sur plusieurs PE, incitant les industriels à investir dans des alternatives non toxiques. Résultat : une compétitivité accrue pour les entreprises danoises sur le marché des produits écologiques.

Des Freins Persistants à une Réglementation Plus Stricte Des Perturbateurs Endocriniens

Malgré les évidences économiques et sanitaires, les avancées réglementaires restent lentes.

• Pressions des lobbies industriels : Les lobbies exercent une pression pour limiter les interdictions et retarder les réformes, en invoquant des coûts de transition trop élevés.

• Manque d’études longitudinales : Le manque d’études longitudinales sur les effets à long terme des PE sert d’argument pour repousser certaines réglementations.

• Disparité des régulations : La disparité des régulations entre pays complique la mise en place d’une approche globale et cohérente.

Une Action Nécessaire pour Limiter les Coûts Futurs des Perturbateurs Endocriniens

L’impact économique des perturbateurs endocriniens est immense, bien au-delà des seules questions de santé publique. Entre les coûts de traitement des maladies associées, les pertes de productivité et les freins au développement d’une industrie plus propre, ces substances représentent un véritable fardeau financier.

Si les décisions politiques ne prennent pas rapidement la mesure du problème, les coûts pour la société continueront d’augmenter, pesant sur les générations futures. Investir dès aujourd’hui dans une réduction de l’exposition aux PE n’est pas seulement une mesure de santé publique : c’est un choix économique stratégique et durable.

SOURCES :